L’Inspection générale des finances (IGF) a lancé, le 4 juin 2026, une nouvelle vague de missions de contrôle centrée principalement sur les revenus miniers. L’opération mobilise 118 inspecteurs des finances et concerne près de 200 entités publiques et privées.
Selon l’IGF, cette mission vise à évaluer les mécanismes de perception des recettes issues de l’exploitation minière, à identifier les faiblesses dans leur encadrement et à proposer des mesures correctives pour améliorer leur contribution au Trésor public.
L’accent devrait être mis sur la traçabilité des flux financiers, depuis les opérations d’exportation jusqu’à l’encaissement effectif des recettes publiques. L’objectif est de mieux suivre la chaîne de déclaration, de collecte, de rapatriement des devises et de paiement des droits dus à l’État.
Si les revenus miniers constituent le principal volet de cette campagne, la mission ne se limite pas au secteur extractif. Elle intègre également l’examen de l’état liquidatif de la paie des agents et fonctionnaires de l’État, le contrôle des recettes administratives et celui du patrimoine public.
Des inspecteurs doivent aussi être déployés dans certains points stratégiques pour renforcer la surveillance des recettes fiscales et douanières. L’IGF présente cette opération comme l’un de ses plus importants dispositifs de contrôle de l’année.
Traçabilité des recettes
D’après le chef de service adjoint de l’IGF, Emmanuel Tshibingu, cette mission s’inscrit dans la continuité des actions engagées depuis le début de l’exercice 2026. Il a insisté sur la rigueur attendue dans les investigations, la qualité des analyses et la pertinence des rapports produits, appelés à servir d’outils d’aide à la décision pour les autorités publiques.
Cette opération fait écho aux orientations arrêtées lors de la 87e réunion du Conseil des ministres du 24 avril 2026. À cette occasion, le président Félix Tshisekedi avait relevé les insuffisances de la chaîne de captation des revenus miniers, de l’exportation jusqu’à l’encaissement public.
Le chef de l’État avait demandé le lancement, dans un délai de 30 jours, d’un audit exhaustif et nominatif portant notamment sur le respect des obligations de rapatriement des recettes d’exportation, la gouvernance des joint-ventures et les actifs miniers de l’État.
Le compte rendu du Conseil des ministres pointait également l’opacité entourant certaines joint-ventures, le non-rapatriement d’une partie des devises minières et les pertes liées aux importations frauduleuses. Il appelait à une réponse publique ferme, traçable et techniquement applicable.
Volumes élevés
Cette offensive intervient alors que les exportations minières de la RDC ont atteint des niveaux élevés. Selon le compte rendu du Conseil des ministres du 24 avril, les exportations de cuivre sont passées de 3 100 234 tonnes en 2024 à 3 403 006,63 tonnes en 2025. Les exportations de cobalt avaient, pour leur part, atteint environ 220 000 tonnes en 2024.
En février 2025, la RDC a suspendu temporairement les exportations de cobalt, avant de mettre en place un système de quotas à partir d’octobre de la même année. Ces mesures s’inscrivent dans une volonté plus large de mieux contrôler les volumes, les flux et les retombées économiques du secteur.
Pour l’IGF, l’enjeu est désormais de permettre à l’État de disposer d’une vision plus précise des recettes réellement générées par le secteur extractif et de leur contribution effective aux finances publiques.
L’institution revendique déjà des résultats dans ses précédentes opérations de contrôle. En 2025, elle affirme avoir permis environ 690 millions de dollars d’économies sur les remboursements de crédits publics. Elle indique également avoir détecté 38 597 agents fictifs et 1 007 doublons dans les fichiers de paie, pour un impact mensuel estimé à 15,786 milliards de francs congolais.
La nouvelle mission devra donc établir si les performances minières du pays se traduisent effectivement par une meilleure mobilisation des recettes publiques. Ses conclusions pourraient servir de base à des mesures de redressement dans la gouvernance des revenus miniers, la gestion des actifs de l’État et le suivi des obligations de rapatriement des devises.
Ronsard Luabeya
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