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Relance de Chemaf : comment Kinshasa surveille Virtus

Relance de Chemaf : comment Kinshasa surveille Virtus

L’Agence de pilotage, de coordination et de suivi des conventions de collaboration (APCSC) et la société américaine Virtus Co LLC ont conclu, le 4 juin 2026, un mémorandum d’entente. Le document, dont le contenu n’a pas été rendu public, a été signé par les directeurs généraux des deux entités, Freddy Yodi Shembo et Phil Braun.

Présenté par l’APCSC comme un partenariat destiné à promouvoir l’exploration géologique, le développement de projets miniers et la mobilisation d’investissements, cet accord intervient deux jours seulement après une séance de travail organisée par le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, avec une délégation de Virtus Minerals conduite par son directeur général, Phil Braun. L’entreprise américaine a repris cette année les actifs miniers de Chemaf, dans le cadre du partenariat stratégique signé le 4 décembre dernier entre la RDC et les États-Unis.

Selon le ministère des Mines, cette réunion visait à faire le point sur « l’évolution des travaux depuis l’autorisation de reprise des actifs miniers du groupe Chemaf », dans le cadre d’un « suivi régulier » assuré par les autorités congolaises. Le ministre a notamment exigé la transmission d’un « rapport mensuel d’activités » afin de suivre l’avancement du projet.

Cette attention particulière s’explique par l’importance des actifs concernés. En mars dernier, Kinshasa avait donné son feu vert à l’offre de Virtus Minerals pour la reprise des activités de Chemaf, propriétaire des projets cuivre-cobalt Mutoshi, à Kolwezi, et Étoile, à Lubumbashi. Les projets d’extension de ces deux sites devraient permettre de produire chaque année environ 75 000 tonnes de cathodes de cuivre et 25 000 tonnes d’hydroxyde de cobalt.

Chemaf possède aussi, selon le registre minier dans sa situation arrêtée au 30 septembre 2025, une soixantaine de titres miniers, dont une trentaine de permis d’exploitation répartis dans plusieurs provinces du pays.

Dans sa communication du 2 juin, le ministère des Mines affirme que Virtus a indiqué que les travaux liés aux projets Étoile et Mutoshi avaient repris et se poursuivaient. La société aurait également réaffirmé son engagement en faveur du développement local, de la création d’emplois et du dialogue avec les communautés riveraines.

Les modalités concrètes de la relance restent toutefois peu détaillées. Plusieurs mois après l’annonce de la transaction, les éléments du montage financier destiné à relancer pleinement les opérations n’ont pas été rendus publics. Les autorités congolaises ont aussi insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de respecter les engagements hérités de Chemaf, notamment envers les sous-traitants et partenaires locaux.

Réserves

Cette prudence se retrouve dans l’architecture institutionnelle mise en place autour du dossier. Outre le suivi assuré par le ministère des Mines, l’entrée en scène de l’APCSC traduit la volonté de l’État de conserver un regard étroit sur l’évolution du projet.

Créé en mars 2022, cet établissement public est chargé du pilotage, de la coordination, de la gestion et du suivi de la mise en œuvre des conventions de collaboration et de coopération signées entre le gouvernement congolais et les partenaires privés, notamment dans les domaines des infrastructures de base et des ressources naturelles.

Selon la Fédération des entreprises du Congo, l’APCSC a notamment été créée après « la léthargie constatée dans la mise en œuvre du contrat sino-congolais », dans lequel des minerais devaient financer des infrastructures, avec un bilan jugé défavorable pour la RDC.

Depuis le lancement du processus de reprise, Kinshasa a multiplié les mécanismes de contrôle et les échanges directs avec les repreneurs. Entre les exigences de reporting, les réunions de suivi et désormais le partenariat avec l’APCSC, les autorités veulent s’assurer que les promesses de relance se traduisent par des investissements, une reprise effective de la production et le respect des engagements pris.

Cette approche reflète aussi une certaine réserve. Pour la reprise de Chemaf, Virtus Minerals s’était associée au groupe indien Lloyds Metals and Energy. Or, ni Virtus ni Lloyds ne disposent d’une expérience significative connue dans l’exploitation industrielle de grandes mines de cuivre et de cobalt en RDC.

L’entreprise américaine, fondée par d’anciens membres de l’armée américaine, ne détiendrait, selon Africa Business+, qu’une petite usine métallurgique dans le Haut-Katanga, un actif jugé sans commune mesure avec les mines de cuivre et de cobalt exploitées par Chemaf.

Pierre Mukoko

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