La Commission économique pour l’Afrique (CEA) lance, ce 2 juin 2026 à Lusaka, en Zambie, un programme régional destiné à favoriser le développement de chaînes de valeur responsables autour des minerais critiques de la transition énergétique dans la région de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).
Mis en œuvre dans six pays sur une période de cinq ans, ce projet concerne la République démocratique du Congo, la Zambie, le Zimbabwe, la Namibie, le Mozambique et l’Afrique du Sud. Il vise à renforcer la transformation locale des minerais, soutenir l’émergence de nouvelles industries, améliorer le partage des bénéfices issus de l’exploitation minière et mieux encadrer les impacts environnementaux et sociaux du secteur.
Financé par l’Initiative internationale pour le climat (IKI) du gouvernement allemand, le programme bénéficie d’une enveloppe d’environ 15,03 millions d’euros. Il intervient dans un contexte marqué par la hausse rapide de la demande mondiale en minerais critiques utilisés dans les batteries, les véhicules électriques et les équipements liés aux énergies renouvelables.
Selon une déclaration récente de l’ONU au Conseil de sécurité, la demande mondiale de minerais critiques pourrait tripler d’ici 2030 et quadrupler d’ici 2040. D’autres estimations internationales anticipent également une forte hausse des besoins en minerais comme le lithium, le cobalt, le graphite, le cuivre, le manganèse et le nickel pour accompagner la transition énergétique.
Pour la CEA, cette dynamique représente une opportunité pour les pays africains de capter une part plus importante de la valeur créée autour de leurs ressources naturelles. Le projet entend ainsi encourager la transformation locale, le développement des capacités industrielles, le transfert de compétences, l’intégration des PME ainsi que la participation des femmes et des jeunes dans les nouvelles filières liées à la transition énergétique.
Transformation locale
Dans ses travaux sur la montée en gamme des chaînes de valeur minières africaines, l’Agence internationale de l’énergie estime qu’à prix actuels, la valeur de marché des exportations africaines de plusieurs minerais — cuivre, cobalt, phosphate, manganèse, graphite et nickel — pourrait passer d’environ 70 milliards de dollars aujourd’hui à près de 120 milliards de dollars en 2040, dans un scénario de renforcement des capacités locales de raffinage et de transformation.
Cette progression dépendrait notamment de la capacité des pays africains à accroître la part des minerais transformés localement. Les niveaux de transformation restent encore très variables selon les minerais. L’AIE estime qu’environ 62 % du cuivre extrait en Afrique est déjà raffiné sur le continent, contre 33 % pour le phosphate et seulement 3 % pour le cobalt.
Dans un scénario de montée en gamme, le taux de transformation locale du cobalt pourrait progresser, tout en restant limité par rapport à d’autres minerais. La valeur de marché associée pourrait également augmenter, à condition que les pays producteurs développent davantage leurs capacités industrielles, énergétiques et logistiques.
La RDC occupe une place centrale dans cette stratégie. Le pays représente environ 70 % de la production minière mondiale de cobalt et dispose d’importantes ressources en cuivre, deux minerais essentiels aux chaînes de valeur des batteries.
Enjeux ESG
Mais l’enjeu, pour Kinshasa comme pour d’autres pays de la région, ne consiste plus seulement à extraire davantage de minerais. Il s’agit aussi de développer des activités industrielles à plus forte valeur ajoutée. Cette orientation rejoint les objectifs de la Vision minière africaine de l’Union africaine, qui encourage les États du continent à utiliser leurs ressources minières comme levier d’industrialisation, de création d’emplois et de diversification économique.
Le projet met également l’accent sur les questions environnementales, sociales et de gouvernance. Les partenaires prévoient de renforcer les mécanismes ESG afin de limiter les impacts négatifs de l’exploitation minière sur les communautés locales et les écosystèmes.
Des actions de sensibilisation, de formation et de dialogue avec les organisations de la société civile, les communautés minières et les autorités locales sont également prévues. L’objectif est de favoriser un partage plus équitable des bénéfices, tout en soutenant la création d’emplois, le développement de nouvelles activités industrielles et l’intégration des communautés dans les chaînes de valeur minières.
Pour la RDC, ce programme régional pourrait donc constituer un outil supplémentaire pour appuyer ses ambitions de transformation locale des minerais critiques. Ses effets dépendront toutefois de sa capacité à déboucher sur des investissements concrets, des capacités industrielles nouvelles et une meilleure gouvernance des chaînes d’approvisionnement.
Timothée Manoke
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