Alors que la République démocratique du Congo demeure le premier producteur mondial de cobalt et renforce son contrôle sur les exportations de ce métal stratégique, un groupe public chinois poursuit sa diversification en Afrique australe. Chinalco Mining Corporation Limited a signé un accord contraignant pour acquérir le projet cuivre-cobalt Opuwo, en Namibie, auprès de la junior australienne Celsius Resources, pour un montant de 15 millions de dollars.
Selon le communiqué publié par Celsius, l’opération porte sur les 95 % détenus par sa filiale Opuwo Cobalt Pty Ltd dans le projet. La transaction devrait être finalisée d’ici le 29 décembre 2026, sous réserve notamment de l’approbation des actionnaires, du renouvellement du permis de prospection exclusive et de l’autorisation environnementale, ainsi que des validations des autorités namibiennes compétentes.
L’actif renferme des ressources minérales estimées à 259 000 tonnes de cobalt contenu, 970 000 tonnes de cuivre, ainsi que des ressources en zinc. Celsius présente Opuwo comme « le plus important gisement de cobalt hors de la RDC », sans toutefois préciser les éléments de comparaison sur lesquels repose cette affirmation. Sur son site internet, la société estime que le projet pourrait devenir un fournisseur majeur de cobalt destiné au marché des batteries.
« Opuwo est un actif majeur de cobalt et de cuivre présentant un potentiel considérable en matière d’exploration et de développement. Nous nous réjouissons de collaborer avec toutes les parties prenantes afin de faire progresser le projet de manière responsable, de l’exploration jusqu’au développement », a déclaré un représentant de Chinalco cité dans le communiqué de Celsius.
Dépendance au cobalt congolais
Cette acquisition intervient alors que la RDC, premier producteur mondial de cobalt avec environ 76 % de la production totale en 2024, multiplie les mesures destinées à soutenir les cours internationaux. En février 2025, Kinshasa a suspendu les exportations de cobalt avant de mettre en place une politique de quotas. En avril 2026, le pays a également institué une réserve stratégique. Dans ce contexte, les exportations congolaises de cobalt sont tombées à 44 338,47 tonnes en 2025, contre près de 220 000 tonnes en 2024.
Cette politique affecte directement la Chine, principal centre mondial de raffinage du cobalt, dont l’industrie dépend largement des approvisionnements en provenance de la RDC. Plusieurs groupes chinois, dont CMOC, Zijin Mining, CNMC ou Jinchuan, sont déjà fortement implantés dans le secteur minier congolais.
Sans remettre en cause le rôle dominant de la RDC dans la chaîne d’approvisionnement mondiale, l’acquisition d’Opuwo illustre l’intérêt des entreprises chinoises pour d’autres projets africains susceptibles de diversifier leurs actifs en minerais critiques.
À ce stade, la Namibie ne figure pas parmi les principaux producteurs mondiaux de cobalt. Selon l’U.S. Geological Survey, Madagascar est actuellement le seul autre producteur africain significatif de ce métal après la RDC. Pour Chinalco, l’opération constitue donc avant tout une prise de position sur un projet d’exploration dont le développement nécessitera encore plusieurs étapes réglementaires, techniques et financières.
En attendant la finalisation de la transaction, Chinalco s’est engagée à financer jusqu’à 1 million de dollars de travaux d’exploration et d’essais métallurgiques. Ce financement, présenté comme non remboursable, doit permettre de poursuivre les travaux pendant la période de réalisation des conditions suspensives.
Pierre Mukoko avec l’Agence Ecofin
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