Comme promis en novembre dernier lors du Makutano 2025, le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a dévoilé, lors de la 74ᵉ réunion ordinaire du Conseil des ministres du 9 janvier 2026, les contours du projet d’exploitation du fer en République démocratique du Congo (RDC).
Selon le compte rendu de cette réunion, le projet, présenté comme « une inflexion stratégique majeure » dans le modèle extractif du pays — concentré depuis plus de 100 ans sur le cuivre et le cobalt — est dénommé Mines de fer de la grande Orientale (Mifor). Il repose sur les réserves de l’ancienne province Orientale, aujourd’hui divisée en Ituri, Haut-Uélé, Bas-Uélé et Tshopo. Elles sont estimées entre 15 et 20 milliards de tonnes, avec une teneur moyenne supérieure à 60 %, indique le document, sans préciser la méthodologie utilisée pour ces estimations.
Selon la présentation du ministre des Mines, le projet Mifor doit être développé en plusieurs phases. La première prévoit une capacité de production de 50 millions de tonnes par an, progressivement extensible jusqu’à 300 millions de tonnes par an. Le schéma présenté ne se limite pas à l’extraction : il inclut des unités de transformation locale ainsi qu’un corridor logistique dit « multimodal », combinant notamment un chemin de fer lourd, la voie fluviale et une connexion au port en eaux profondes de Banana.
D’après la même source, l’investissement initial de la première étape est évalué à 28,9 milliards de dollars américains. Sur une projection de 25 ans, le ministre avance un chiffre d’affaires cumulé de 679,3 milliards de dollars et un « cash-flow net » de 308,2 milliards de dollars, sur la base « d’hypothèses prudentes de marché ». Pour l’État, le document évoque des « retombées substantielles et diversifiées », sans en préciser le montant.
Actuellement, la tonne de fer s’échange autour de 105 dollars. Mais avec l’entrée en production, annoncée en novembre dernier, de la gigantesque mine de Simandou en Guinée, les cours pourraient être tirés vers le bas à moyen terme. Si le calendrier de ce projet est respecté, cette mine pourrait produire jusqu’à 120 millions de tonnes de minerai dès 2028 et peser sur le marché.
À ce stade, le projet Mifor n’est toutefois pas encore entré dans une phase d’engagement formel. Sans citer de noms, le compte rendu souligne l’intérêt d’investisseurs institutionnels internationaux disposant de capacités reconnues de structuration et de financement de projets macroéconomiques. Pour le gouvernement, cela constitue un « signal favorable de bancabilité et de crédibilité internationale », « sans préjuger des décisions souveraines à venir » et « sans créer d’engagement juridique à ce stade ». Autrement dit, les modalités exactes de financement, les partenaires retenus et le calendrier de mise en œuvre n’ont pas été officialisés.
Dans l’immédiat, l’exécutif a décidé la mise en place d’une gouvernance dédiée. Le Conseil des ministres a acté la création d’une commission interministérielle élargie chargée d’assurer le pilotage stratégique, la coordination et la structuration progressive du projet.
Boaz Kabeya









