À peine l’eurobond de 1,25 milliard de dollars levé, le président Félix Tshisekedi a fixé une ligne claire : la réussite de cette opération dépendra désormais de la rigueur dans la gestion des fonds et de la concrétisation rapide des projets financés.
Lors de la réunion extraordinaire du Conseil des ministres du 15 avril, le chef de l’État a rappelé que « ce à quoi les marchés ont souscrit, ce n’est pas seulement une obligation financière, mais une promesse : celle d’un État gouverné avec ordre, prévoyance et responsabilité ». Cette émission, sursouscrite plus de quatre fois, traduit, selon lui, une « avancée de confiance » qu’il faudra consolider par des résultats tangibles.
Pour encadrer l’utilisation des fonds, Félix Tshisekedi a exigé la mise en place d’un dispositif de suivi strict et multiforme. Il a chargé la Première ministre, Judith Suminwa, de mettre en place une commission interinstitutionnelle chargée de superviser l’exécution des investissements. Celle-ci devra regrouper les ministères du Plan, des Finances et les secteurs concernés, ainsi que des représentants de la présidence de la République.
Le président a également insisté sur une « traçabilité irréprochable » des ressources et a chargé le ministre des Finances, Doudou Fwamba, de mettre en place un système de suivi « structuré, accessible et opposable ». Il a aussi demandé la mobilisation des institutions de contrôle : l’Inspection générale des finances (IGF) devra assurer un contrôle annuel de conformité, tandis que la Cour des comptes transmettra au Parlement un rapport sur l’exécution de l’emprunt.
En complément, le gouvernement devra produire un rapport trimestriel détaillant l’état d’avancement des projets, les montants engagés et les écarts constatés.
Par ailleurs, lors d’une conférence de presse tenue le 13 avril à Kinshasa, le ministre des Finances a annoncé vouloir associer le PNUD comme tiers témoin du suivi de l’utilisation des fonds. Il a également promis d’informer la population sur l’affectation des 1,25 milliard de dollars et d’inviter, dans un délai d’un an, les investisseurs à constater l’état d’avancement des réalisations financées.
Portefeuille des projets
Le chef de l’État a posé un principe central : « la dette n’est soutenable que lorsqu’elle finance la création de richesses ». Les ressources devront être orientées vers des projets « structurants, bancables », capables de générer un retour économique. Dans cette logique, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a précisé que seuls les projets disposant d’un niveau de maturité suffisant, notamment des études de faisabilité, ont été retenus. L’objectif est d’éviter des financements improductifs, alors que le coût de l’emprunt atteint 9 %.
Ainsi, les projets appelés à absorber ces ressources sont au nombre de sept et s’inscrivent dans les priorités du Plan national stratégique de développement 2024-2028.
Le premier bloc concerne le transport. Il comprend la construction d’un nouveau terminal de 49 000 m² à l’aéroport de N’djili, avec une capacité annoncée de 5 millions de passagers par an. Il inclut aussi la réhabilitation de 750 km de route entre Kisangani et Beni, un axe clé pour la desserte du nord-est. À Kinshasa, le gouvernement prévoit en outre 300 km de routes urbaines ainsi qu’une rocade de 31 km avec échangeurs et ponts pour désengorger la capitale.
Le second bloc relève de l’énergie. Il porte sur une ligne de transmission de 330 kV entre la Zambie et la ceinture cuprifère congolaise, ainsi que sur la centrale hydroélectrique de Katende, projet auquel seraient associés les réseaux de distribution dans le Kasaï-Central. Le ministère présente ces investissements comme des actifs capables de produire des revenus et d’améliorer durablement l’offre d’électricité.
Le troisième bloc concerne le capital humain. Il prévoit la création de centres de formation professionnelle à Kinshasa, Kisangani, Mbuji-Mayi et Lubumbashi, avec l’objectif affiché de rapprocher l’offre de formation des besoins du marché du travail.
Pierre Mukoko et Boaz Kabeya
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