À Goma, dans la province du Nord-Kivu, des importateurs de produits pétroliers dénoncent des écarts importants dans l’application des frais douaniers au poste frontalier de la Grande Barrière. Cette situation, rapportée par Radio Okapi, alimente les tensions sur un marché local déjà fragilisé par la crise sécuritaire.
Selon des opérateurs du secteur, les droits appliqués à l’importation d’un camion-citerne de 40 mètres cubes peuvent atteindre environ 11 500 dollars pour certains importateurs. D’autres bénéficieraient, en revanche, d’un niveau de taxation réduit, autour de 7 000 dollars pour un chargement similaire.
Ces avantages fiscaux ne concerneraient qu’un nombre restreint d’opérateurs. D’après les informations rapportées par Radio Okapi, cinq importateurs sur une quarantaine actifs dans la filière bénéficieraient de ces allègements.
Les opérateurs qui s’estiment lésés dénoncent une situation de concurrence déséquilibrée. Ils affirment que les stations-service approvisionnées par les importateurs bénéficiant de ces réductions peuvent proposer le litre d’essence à environ 3 000 francs congolais, tandis que les autres peinent à rester compétitifs.
Cette différence de coûts à l’entrée du marché pèse directement sur les marges des importateurs non bénéficiaires. Plusieurs acteurs du secteur estiment que l’importation directe devient difficilement viable dans les conditions actuelles.
Menace pour la filière
Dans ce contexte, certains opérateurs envisagent de réduire leurs activités. D’autres privilégient la mise en location de leurs stations-service ou se retirent progressivement de l’importation de produits pétroliers.
La situation intervient dans le contexte du contrôle de Goma par les rebelles de l’AFC-M23. Les opérateurs pétroliers attribuent ces écarts de traitement aux autorités de fait qui administrent la ville. Ces accusations n’ont toutefois pas fait l’objet, à ce stade, d’une réaction détaillée de la rébellion mis en cause.
Au-delà du cas du carburant, Radio Okapi indique que des plaintes similaires seraient rapportées dans d’autres secteurs d’importation, notamment le riz, le sucre, la farine et le ciment. Les opérateurs concernés dénoncent, là aussi, des différences de traitement susceptibles de favoriser certains acteurs au détriment d’autres.
Pour les importateurs de produits pétroliers, l’enjeu dépasse la seule question fiscale. Ils alertent sur le risque d’un affaiblissement durable de la filière si les règles d’importation ne sont pas appliquées de manière uniforme. Dans une ville où le carburant reste essentiel au transport, au commerce et aux activités quotidiennes, ces distorsions pourraient ainsi accentuer les tensions sur le marché local.
Ronsard Luabeya
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