Les autorités provinciales de la Tshopo ont suspendu, pour une durée de 60 jours, la perception de certaines taxes, droits et redevances appliqués à la circulation et à la commercialisation de produits alimentaires de première nécessité. La mesure vise notamment le riz, le maïs et le manioc.
Annoncée à la mi-juin, cette décision intervient dans un contexte de forte pression sur le coût de la vie à Kisangani et dans plusieurs localités de la province. Elle vise à alléger les charges supportées par les opérateurs économiques et à contribuer à la stabilisation des prix sur les marchés.
Selon les informations rapportées par Actualité.cd, la suspension concerne notamment plusieurs prélèvements appliqués au commerce du riz, dont la taxe d’emballage, la taxe provinciale et l’estampillage. Ces frais étaient régulièrement dénoncés par les opérateurs comme l’un des facteurs alourdissant les coûts de commercialisation.
Prix du riz
La mesure intervient alors que le prix du riz blanc a fortement augmenté à Kisangani. Le sac de 100 kg se vend désormais à plus de 800 000 francs congolais, contre environ 300 000 à 350 000 francs auparavant, selon les estimations relayées par des acteurs de la société civile. Cette évolution représente une hausse comprise entre 128 % et 167 %, selon le prix de référence retenu.
La flambée est attribuée à plusieurs facteurs. La dégradation des routes de desserte agricole, notamment sur les axes reliant le territoire d’Opala à Kisangani, est régulièrement citée comme l’une des principales causes. Opala est considéré comme l’un des grands bassins de production rizicole de la province, mais l’évacuation des récoltes vers les centres de consommation reste difficile.
D’autres facteurs sont également évoqués par les acteurs locaux, notamment les tracasseries, les frais perçus sur la chaîne de commercialisation, les contraintes logistiques et la spéculation. La suspension temporaire des taxes apparaît donc comme une mesure d’urgence, mais elle ne règle pas à elle seule les problèmes structurels de la filière.
Mesure partielle
Le gouvernement provincial souligne le caractère transitoire de cette décision. Les autorités indiquent vouloir travailler avec les services économiques, les acteurs agricoles et les opérateurs commerciaux afin d’identifier des solutions plus durables aux difficultés d’approvisionnement et aux tensions observées sur les marchés.
Lors d’une réunion tenue le 13 juin à Kisangani, les autorités provinciales, les services économiques et agricoles ainsi que les opérateurs du secteur rizicole ont analysé les causes de la rareté du riz et de la hausse des prix. Les discussions ont notamment porté sur les perspectives d’amélioration de l’offre avec la reprise des récoltes à Banalia et le lancement de la saison agricole B à Opala.
Du côté du secteur privé, certains importateurs, dont Socimex et Alimentation Shekinah, ont annoncé l’arrivée prochaine de nouvelles cargaisons de riz. Ces approvisionnements devraient contribuer à renforcer l’offre sur le marché de Kisangani et pourraient atténuer les tensions sur les prix dans les prochains jours.
La Fédération des entreprises du Congo dans la Tshopo juge toutefois la mesure partielle. Elle estime que la suspension des taxes ne produira des effets durables que si elle est accompagnée d’actions sur le désenclavement des zones de production, la réhabilitation des routes agricoles et la réduction des autres coûts supportés par les opérateurs.
Ronsard Luabeya
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