Après avoir intégré la République démocratique du Congo en 2025 dans Business Ready (B-READY), son nouveau baromètre sur l’environnement des affaires, la Banque mondiale publie un nouveau rapport consacré au climat des affaires dans le pays. Après avoir identifié la faiblesse des services publics comme l’un des principaux freins, l’institution analyse cette fois le parcours concret des entreprises dans quatre villes : Kinshasa, Matadi, Kananga et Kisangani. Matadi apparaît comme la ville où l’environnement des affaires est relativement le moins contraignant, tandis que Kananga ressort comme la plus pénalisée.
Après son rapport de décembre 2025, la Banque mondiale a publié, le 11 juin dernier, une nouvelle étude sur le climat des affaires en RDC. Contrairement aux évaluations nationales habituelles, ce diagnostic descend au niveau local pour comparer le parcours des entreprises dans quatre villes : Kinshasa, Matadi, Kananga et Kisangani.
L’étude montre que les obstacles à l’investissement et au développement des activités économiques ne se manifestent pas de la même manière selon les villes. Création d’entreprise, permis de construire, transfert de propriété ou résolution des litiges : chaque procédure révèle des écarts importants entre le cadre réglementaire national et son application locale.
Selon la Banque mondiale, les scores obtenus par les villes étudiées restent faibles dans les quatre domaines évalués. Les performances moyennes demeurent inférieures à 40 points sur 100 pour la création d’entreprise, les permis de construire, le transfert de propriété et la résolution des différends commerciaux. Ce résultat confirme l’ampleur des réformes encore nécessaires.

Le rapport souligne que la RDC dispose de certains cadres juridiques relativement harmonisés, notamment grâce à l’adoption du droit OHADA. Mais l’application concrète de ces règles reste freinée par la faiblesse des services publics, l’absence de digitalisation, la fragmentation administrative, le manque de transparence et la persistance de pratiques informelles.
Matadi, moins contraignante
Parmi les quatre villes étudiées, Matadi apparaît comme celle où l’environnement des affaires est relativement le moins contraignant. La ville portuaire ressort mieux que les autres dans plusieurs domaines, notamment la création d’entreprise, le transfert de propriété et la résolution des litiges.
Pour la création d’entreprise, Matadi affiche le délai le plus court, avec 41 jours, contre 70 jours à Kisangani, 80 jours à Kananga et 117 jours à Kinshasa. Cette performance reste toutefois relative, car le coût et la complexité des formalités demeurent élevés au regard des standards internationaux.
Matadi est aussi mieux positionnée dans le transfert de propriété. Le rapport lui attribue le meilleur score global dans ce domaine, en raison d’une meilleure efficacité opérationnelle. Mais là encore, les procédures restent largement manuelles et dépendantes de démarches physiques auprès des administrations foncières.
La ville se distingue également dans la résolution des litiges commerciaux, avec un délai estimé à 98 jours, contre 172 jours à Kananga. Dans un pays où la sécurité juridique demeure un enjeu majeur pour les entreprises, cet écart montre l’importance du fonctionnement local des tribunaux et des mécanismes d’exécution des décisions.
Matadi n’échappe toutefois pas aux difficultés. Le permis de construire y constitue un point faible majeur, avec un délai pouvant atteindre 150 jours, soit le niveau le plus élevé parmi les villes étudiées.
Kinshasa, plus équipée mais plus lente
Kinshasa présente un profil contrasté. La capitale dispose de davantage d’institutions, d’administrations et de guichets spécialisés. Mais cette concentration administrative ne se traduit pas toujours par une meilleure efficacité pour les entreprises.
La création d’entreprise y prend jusqu’à 117 jours, soit le délai le plus long parmi les quatre villes. Le coût global peut atteindre 261 % du revenu national brut par habitant, ce qui constitue un frein important à la formalisation des activités économiques.
La capitale est également pénalisée dans le transfert de propriété. Le délai y atteint 84 jours, contre 49 jours à Kisangani. L’intervention de plusieurs niveaux de vérification, notamment dans certaines opérations foncières, rallonge les procédures et augmente les coûts.

Kinshasa affiche cependant un meilleur résultat dans les permis de construire, avec un délai relativement court. Mais la Banque mondiale nuance cette performance : cette rapidité peut refléter des pratiques informelles ou un contrôle technique insuffisant, plutôt qu’une administration pleinement efficace et transparente.
Kananga, la plus pénalisée
Kananga apparaît comme la ville où le climat des affaires est le plus difficile parmi les quatre étudiées. Elle cumule plusieurs fragilités : lourdeur des procédures, faiblesse des services publics, coûts élevés et difficultés dans le règlement des litiges commerciaux.
En matière de création d’entreprise, Kananga n’est pas la ville la plus lente, mais elle enregistre le plus grand nombre de procédures. Les formalités post-enregistrement y allongent fortement le parcours de l’entrepreneur, notamment pour l’obtention de certains documents administratifs.
La ville est également pénalisée dans les permis de construire, où les coûts figurent parmi les plus élevés. Comme ailleurs, le manque de digitalisation, l’absence de suivi électronique et les paiements informels accroissent l’incertitude pour les opérateurs.
Le point le plus préoccupant concerne la résolution des litiges. Kananga affiche le délai le plus long, avec 172 jours pour le règlement d’un différend commercial. Le rapport relève aussi une faible confiance des entreprises dans l’indépendance et l’impartialité des juridictions commerciales.
Kisangani, position intermédiaire
Kisangani se situe dans une position intermédiaire. La ville affiche certains résultats moins défavorables, notamment dans le transfert de propriété, où le délai est le plus court parmi les quatre villes, avec 49 jours.
Mais cette performance ne suffit pas à masquer les faiblesses du système. Les procédures restent essentiellement basées sur des documents papier, sans registres fonciers numériques ni cadastre intégré. Les usagers doivent suivre physiquement leurs dossiers, ce qui accroît les risques de retards et de paiements informels.
Dans la création d’entreprise, Kisangani affiche un délai de 70 jours. Le rapport souligne toutefois les limites liées à la faible interconnexion entre administrations et à l’obligation pour les entrepreneurs de multiplier les démarches auprès de plusieurs services publics.

La résolution des litiges y reste également fragile. Comme à Kananga, une part importante des entreprises interrogées exprime des doutes sur l’impartialité des juridictions commerciales.
Financement, premier obstacle
Au-delà des écarts entre villes, le rapport identifie des contraintes communes aux entreprises congolaises. La première reste l’accès au financement.
Selon les enquêtes menées auprès de plus de 1 000 entreprises, 35,3 % des répondants considèrent l’accès au crédit comme leur principal obstacle. Cette contrainte touche particulièrement les petites et moyennes entreprises, souvent dépourvues de garanties suffisantes ou d’historique financier solide.
L’instabilité politique arrive en deuxième position, citée par 19,2 % des entreprises, suivie par l’insécurité, les vols et les troubles à l’ordre public, mentionnés par 17,5 % des répondants. L’électricité, la concurrence du secteur informel, l’administration fiscale, la corruption, les taxes et les procédures douanières figurent également parmi les obstacles signalés.
Le foncier constitue un autre frein structurel. Selon la Banque mondiale, 65 % des entreprises considèrent l’accès à la terre comme une contrainte pour leurs activités. À Matadi, cette proportion atteint 83,4 %, malgré les meilleures performances relatives de la ville dans certaines procédures.
Exécution des réformes
Le message du rapport est clair : la RDC ne souffre pas seulement d’un problème de textes. Le principal défi réside dans l’exécution des règles existantes.
Les lois et règlements peuvent être harmonisés au niveau national, mais leur application varie fortement selon les villes. Les écarts tiennent à la qualité des services publics locaux, à la disponibilité des guichets, à la digitalisation, aux capacités administratives et à la prévalence des pratiques informelles.
La Banque mondiale recommande donc de concentrer les réformes sur l’exécution : digitalisation complète de la création d’entreprise, interconnexion des administrations, modernisation du GUPEC, numérisation des registres fonciers et du cadastre, mise en place de systèmes numériques de gestion des dossiers judiciaires et publication plus transparente des frais, délais et statistiques administratives.
L’institution plaide aussi pour un renforcement des mécanismes de redevabilité des agents publics et de lutte contre la corruption.
La comparaison entre Kinshasa, Matadi, Kananga et Kisangani montre que les réformes nationales doivent désormais être suivies d’une mise en œuvre locale plus rigoureuse. Sans services publics plus efficaces, sans procédures numérisées et sans transparence administrative, les avancées réglementaires resteront insuffisantes pour améliorer durablement le climat des affaires en RDC.
Pierre Mukoko et Boaz Kabeya
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