Le secteur financier de la République démocratique du Congo n’est pas suffisamment préparé face à la nouvelle génération de cyberattaques facilitées par l’intelligence artificielle. C’est ce qu’a reconnu le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso, le 8 mai 2026 à Dakar, au Sénégal, lors d’un panel consacré à la cybersécurité, organisé dans le cadre de la conférence internationale de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) sur les cryptoactifs et les innovations numériques.
« Je veux vraiment vous dire que j’ai peur. J’ai peur de ce qui peut arriver », a déclaré André Wameso lors de ces échanges retransmis sur la chaîne YouTube officielle de la BCEAO. Il a précisé que la fonction de responsable de la sécurité des systèmes d’information n’existait pas à la BCC avant sa prise de fonctions en août 2025, et qu’il l’avait introduite comme une étape élémentaire de gouvernance.
Son intervention faisait écho à une présentation du Boston Consulting Group (BCG) livrée lors de la même conférence. Selon le cabinet, le coût moyen d’une cyberattaque sophistiquée est passé d’environ un million de dollars en 2000 à moins d’un dollar aujourd’hui, tandis que les budgets consacrés par les banques mondiales à leur protection numérique atteignent désormais près de 45 milliards de dollars.
Failles structurelles
Selon l’évaluation de maturité cyber du BCG, les banques africaines obtiennent une note moyenne de 2 sur 5, contre 3,4 pour la moyenne mondiale. Le cabinet estime également qu’entre 25 % et 50 % des systèmes bancaires centraux utilisés sur le continent sont obsolètes, contre 10 % à 15 % dans le reste du monde.
Autre faiblesse relevée : moins de 10 % des interfaces utilisées par les banques africaines pour connecter leurs services à ceux des fintechs ou d’autres partenaires disposent de protections avancées, contre plus de 80 % ailleurs, selon l’évaluation BCAT 2024 du BCG. En clair, des systèmes anciens et mal protégés peuvent offrir des points d’entrée faciles à des cyberattaques désormais capables d’identifier automatiquement les failles grâce à l’intelligence artificielle.
La Banque centrale du Congo a pourtant porté, ces dernières années, la digitalisation des paiements en RDC, avec la mise en œuvre du Code du numérique et le développement, par l’institution elle-même, du switch national d’interopérabilité. Ce dispositif vise à connecter les acteurs du paiement, tout en préservant une part de souveraineté monétaire. Il doit aussi encourager la digitalisation des moyens de paiement. La BCC a par exemple annoncé l’interdiction, à partir du 9 avril 2027, des transactions en espèces en devises.
Bitcoin
Mais André Wameso a reconnu que trois millions de personnes en RDC investissent déjà dans le bitcoin via des portefeuilles fournis par les opérateurs de télécommunications, sans qu’aucun cadre réglementaire ne régisse encore cette activité. Il a aussi relié l’enjeu cyber au profil démographique du pays, dont l’âge médian est de 17 ans, appelant à un investissement massif dans la culture numérique, au-delà des seuls établissements bancaires et fintechs.
Les autres intervenants du panel ont exprimé des préoccupations similaires. Le vice-gouverneur de la banque centrale du Botswana, Kealeboga Masalila, a estimé que la cybersécurité devait être intégrée plus clairement dans la supervision bancaire et étendue aux prestataires techniques, aux opérateurs mobiles et aux fintechs, dont le poids croissant peut créer un risque pour l’ensemble du système financier.
Le risque pointé par André Wameso n’est donc plus théorique. Avec des coûts d’attaque devenus très faibles, des budgets de protection qui se chiffrent désormais en dizaines de milliards de dollars et trois millions de Congolais déjà actifs dans un univers crypto non supervisé, l’écart entre l’exposition au risque et la capacité de réponse devient l’une des questions les plus concrètes de stabilité financière sur le continent.
Idriss Linge, Agence Ecofin
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