Dans un communiqué conjoint relayé la semaine dernière par le ministère des Postes, Télécommunications et Numérique, les sociétés du secteur sollicitent l’appui des autorités pour améliorer durablement les réseaux en République démocratique du Congo. Elles affirment vouloir travailler avec le gouvernement à des solutions « à court, moyen et long terme », qui devraient être présentées prochainement.
Les opérateurs soutiennent que la dégradation de la qualité des services ne résulte pas uniquement de problèmes internes aux réseaux. Ils évoquent des « facteurs structurels et externes » qui continuent d’affecter les performances du secteur malgré les investissements engagés.
Parmi les difficultés citées figurent l’instabilité de l’alimentation électrique, les coupures répétées de fibre optique, les destructions d’infrastructures, l’insécurité sur plusieurs axes routiers, le déficit de spectre ainsi que la faiblesse des infrastructures de base. Ces contraintes compliquent notamment l’accès des équipes techniques aux sites télécoms et la maintenance des réseaux.
Cette prise de position intervient alors que les autorités congolaises accentuent la pression sur les sociétés télécoms. En janvier dernier, lors d’un Conseil des ministres, le président Félix Tshisekedi avait exigé l’application « sans faiblesse ni complaisance » des sanctions prévues contre les opérateurs ne respectant pas leurs obligations en matière de qualité, de continuité, de couverture et de protection des usagers.
Le chef de l’État avait également demandé un renforcement des mécanismes de régulation, de contrôle et de suivi permanent des réseaux, dans un contexte marqué par des plaintes récurrentes des consommateurs concernant les coupures d’appels, la lenteur de l’internet mobile et l’instabilité des services.
Coût élevé de l’énergie
Les arguments avancés par les opérateurs rejoignent plusieurs constats établis par la GSMA, l’association mondiale de l’industrie mobile. Dans un rapport publié en septembre 2025 sur l’économie numérique de la RDC, l’organisation souligne que les infrastructures télécoms congolaises restent fortement dépendantes des générateurs électriques.
Selon la GSMA, une grande partie des sites télécoms n’est pas connectée au réseau national d’électricité, une situation appelée à s’aggraver avec l’extension de la couverture vers les zones rurales ou enclavées. L’organisation estime que les opérateurs consacrent déjà entre 40 % et 60 % de leurs dépenses opérationnelles à l’achat et au transport du diesel utilisé pour alimenter les antennes et les équipements techniques. Ces coûts pèsent directement sur les charges d’exploitation des entreprises, fragilisent la continuité des services et peuvent se répercuter sur les prix payés par les consommateurs.
La GSMA évoque aussi un environnement opérationnel particulièrement coûteux pour les télécoms en RDC, en raison notamment de la pression fiscale, des contraintes réglementaires et administratives liées au déploiement des infrastructures, ainsi que des dépenses permanentes de maintenance et d’alimentation énergétique des réseaux.
Pour l’instant, les autorités semblent maintenir la responsabilité principale des opérateurs dans l’amélioration de la qualité des services. La loi de 2020 sur les télécommunications et les TIC prévoit d’ailleurs des sanctions financières en cas de non-respect des obligations fixées dans les licences et cahiers des charges.
Le texte stipule que « toute violation d’une ou de plusieurs clauses de la licence, de l’autorisation ainsi que du cahier des charges y annexé n’entraînant pas la suspension ou le retrait du titre est punie d’une amende ne dépassant pas le quart du prix du titre ».
En attendant les mesures annoncées par les opérateurs, le bras de fer semble désormais se déplacer sur le terrain des responsabilités : les autorités réclament des améliorations immédiates des services, tandis que les entreprises estiment qu’une amélioration durable des réseaux passera aussi par des investissements publics plus importants dans l’électricité, la sécurité et les infrastructures nationales.
Pierre Mukoko, avec l’Agence Ecofin
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