La Société minière de Kilo-Moto (Sokimo) tente une nouvelle relance de la concession aurifère de Mongbwalu, en Ituri. L’entreprise publique congolaise a annoncé la signature, le 31 mars 2026 à Kinshasa, d’un contrat d’association avec Shari Minerals, filiale congolaise d’Horizon Corporation, pour le développement et l’exploitation de cet actif historique.
Selon le communiqué conjoint, l’accord vise à mobiliser l’expertise opérationnelle et la capacité de financement d’Horizon Corporation afin de relancer un projet aurifère considéré comme stratégique pour la RDC et pour la province de l’Ituri. La Sokimo présente Mongbwalu comme un actif structurant, susceptible de générer des emplois, de soutenir la formation, d’attirer des investissements et de créer des retombées pour les communautés locales.
Les termes économiques du contrat restent toutefois inconnus. Le communiqué ne précise ni la répartition des parts entre Sokimo et Shari Minerals, ni le montant des investissements prévus, ni la durée du contrat, ni le calendrier de développement, ni les obligations financières, techniques, sociales et environnementales des parties.
Un actif sensible
Mongbwalu n’est pas un actif ordinaire. La zone s’inscrit dans l’un des bassins aurifères les plus anciens et les plus sensibles de l’Ituri, historiquement lié aux actifs de la Sokimo, ancienne Okimo, et à la concession dite « 40 », qui comprend notamment les anciens gisements d’Adidi, Makala et Senzere.
Son potentiel aurifère est connu depuis longtemps, mais sa mise en valeur industrielle a été contrariée par une succession de facteurs : insécurité chronique, présence de groupes armés, exploitation artisanale massive, conflits autour de l’accès aux sites, difficultés opérationnelles et instabilité des montages contractuels.
Dans les années 1990 et 2000, une partie du périmètre avait été associée à AngloGold Ashanti Kilo, coentreprise formée autour d’AngloGold Ashanti et d’Okimo. Les opérations ont cependant été fortement affectées par l’insécurité dans la région et par les tensions liées au contrôle des zones aurifères.
Par la suite, d’autres investisseurs, dont Mongbwalu Gold Mines, Fimosa Capital et Vector Resources, ont été associés à différentes phases du projet Adidi-Kanga. Ces montages ont ravivé l’intérêt pour une exploitation industrielle, mais aussi les interrogations sur la cohabitation avec les exploitants artisanaux et la sécurisation durable des périmètres concernés.
L’arrivée de Shari Minerals et d’Horizon Corporation ouvre donc une nouvelle séquence, sans garantir à elle seule une relance industrielle effective. Le projet devra encore démontrer sa capacité à mobiliser les capitaux, sécuriser les sites, clarifier les droits miniers, organiser les relations avec les communautés et encadrer l’exploitation artisanale, dans une zone marquée par les violences, les déplacements de populations et la circulation d’or artisanal.
Un partenaire encore à documenter
Le communiqué met en avant des engagements en matière d’emploi, de formation, de développement communautaire et de respect des meilleurs standards environnementaux et sociaux. Ces engagements devront toutefois être traduits dans des documents officiels : cahier des charges, plan d’investissement, études environnementales et sociales, calendrier de travaux et mécanismes de suivi des retombées locales.
Horizon Corporation se présente comme une société minière d’investissement active dans le développement et l’exploitation d’actifs miniers diversifiés par métaux et par juridictions. Sur son site, le groupe indique disposer d’une expérience en Afrique depuis 1984, avec une équipe spécialisée dans la structuration financière, la construction et l’exploitation de projets miniers. Son portefeuille comprend notamment le projet aurifère de Manica, au Mozambique, entré en production en juillet 2022, ainsi que des actifs cuivre-or-argent aux États-Unis et des projets de cuivre en Namibie.
Shari Minerals est, selon le communiqué, sa filiale congolaise, créée pour développer et exploiter des concessions aurifères en RDC, en particulier le projet de Mongbwalu. Peu d’informations publiques indépendantes sont toutefois disponibles à ce stade sur cette société, notamment sur son capital, sa gouvernance, ses états financiers ou son historique opérationnel en RDC. Cette situation laisse ouverte la question de sa capacité propre à porter un projet aurifère industriel de cette ampleur.
Pour la Sokimo, ce partenariat intervient dans un contexte difficile. L’entreprise publique, pourtant détentrice d’actifs aurifères stratégiques en Ituri, reste confrontée à une faible production industrielle, à des besoins élevés de financement et à la nécessité de restructurer son modèle opérationnel.
L’ancien directeur général Pistis Bononge a récemment affirmé que la Sokimo n’avait produit que 2,46 kg d’or entre 2022 et 2026. Il avait également évoqué un plan de relance évalué à 482,61 millions de dollars, destiné à moderniser les infrastructures, réhabiliter les équipements et relancer progressivement l’exploitation industrielle.
Ronsard Luabeya
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