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Vidéoverbalisation : écarté du projet, Valornet retient les logiciels et codes sources

Vidéoverbalisation : écarté du projet, Valornet retient les logiciels et codes sources

Dans une correspondance datée du 25 mai 2026, révélée par Africa Intelligence, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a sommé Valornet, filiale du groupe sud-africain Syntell, de procéder, dans un délai de 72 heures, au transfert à l’État de la plateforme d’identification nationale des véhicules (INV).

Faute d’exécution, le ministre indique se réserver le droit de prendre des mesures conservatoires destinées à sauvegarder les intérêts de l’État. Parmi les options évoquées figureraient la suspension des paiements dus à l’entreprise, l’ouverture de procédures pour « détournement de deniers publics » et « abus de confiance », ainsi que des actions visant à obtenir le remboursement de certaines quotes-parts déjà perçues.

Alors que ce délai est arrivé à échéance, Bankable n’a pas pu confirmer si Valornet a obtempéré à la demande du gouvernement.

L’entreprise soutient que le contrat signé avec l’État congolais prévoit expressément que les logiciels et les codes sources développés dans le cadre du projet demeurent la propriété du prestataire. Une interprétation contestée par le gouvernement, qui invoque de son côté un impératif de souveraineté numérique et de sécurité nationale pour justifier la reprise du contrôle de cette infrastructure.

La plateforme INV centralise aujourd’hui l’ensemble du processus d’immatriculation en République démocratique du Congo. Elle regroupe les données relatives aux véhicules et à leurs propriétaires, mais aussi les moyens de paiement ainsi que les mécanismes de répartition des recettes entre les différents intervenants du système d’immatriculation. Ces éléments sont considérés comme essentiels à la mise en œuvre du projet gouvernemental de vidéoverbalisation des infractions routières.

Un projet lancé en 2016

Le projet remonte à août 2016. Cette année-là, le gouvernement congolais signe un contrat de partenariat avec la société sud-africaine Syntell en vue de moderniser la gestion du trafic routier à Kinshasa.

Le projet prévoyait notamment l’installation de feux de signalisation, de caméras et de radars sur 36 intersections de la capitale afin de fluidifier la circulation et de renforcer la sécurité routière. L’ambition des autorités était également d’améliorer la mobilisation des recettes issues du trafic routier grâce à l’informatisation du système de gestion des infractions et des contraventions.

Avant même le déploiement de ces équipements, Syntell devait constituer une base de données nationale regroupant l’ensemble des véhicules et de leurs propriétaires. Cette étape était considérée comme indispensable pour permettre l’identification des usagers de la route et l’automatisation future du traitement des infractions.

Le coût global du projet était alors estimé à 10 millions de dollars américains. Ce montant devait être entièrement préfinancé par la société sud-africaine, qui prévoyait de récupérer son investissement à travers les recettes générées par les contraventions routières.

Toutefois, plusieurs années après son lancement, le projet n’a jamais été pleinement exécuté. Faute de recettes issues du système automatisé de contraventions, la société d’exécution Valornet a été rémunérée sur chaque paire de plaques d’immatriculation vendue.

Le partenariat conclu avec Syntell aurait néanmoins été prolongé en 2021 pour une durée de cinq ans. Mais, selon Africa Intelligence, le ministère des Finances refuse désormais une nouvelle prolongation du contrat, qui arrive à échéance en août 2026. L’État souhaite manifestement reprendre la conduite du projet.

Changement de fournisseur

Le plan d’investissement du gouvernement prévoit d’ailleurs l’acquisition d’un système de surveillance routière et de lecture des plaques d’immatriculation, pour un coût total estimé à près de 2 millions de dollars américains, réparti entre 2026 et 2027.

Le gouvernement a également changé de fournisseur de plaques d’immatriculation. Jusqu’ici attribué à Utsch Congo, ce marché a été confié en juillet 2025 à Castillo Valere. L’entreprise belge doit fabriquer et fournir les nouvelles plaques d’immatriculation.

Ces plaques intègrent notamment un code QR présenté comme un élément de sécurité et de traçabilité. Cette innovation doit permettre une identification plus fiable des véhicules, condition jugée essentielle au déploiement de systèmes automatisés de contrôle par caméra.

Ce changement aurait également eu des conséquences sur la relation contractuelle entre l’État et Syntell. Selon Africa Intelligence, depuis novembre 2025, la rémunération de Valornet, auparavant fixée à 20 dollars par paire de plaques vendue, aurait été réduite de moitié. Les montants retranchés seraient désormais redistribués à un comité chargé du suivi de l’exécution du contrat conclu avec Castillo Valere.

Au-delà du différend commercial, le dossier met en lumière un enjeu plus large : la dépendance de l’État à des infrastructures numériques développées par des prestataires privés. Dans le cas de la vidéoverbalisation, le contrôle des logiciels, des codes sources et des données d’immatriculation devient un point central pour la continuité du service public, la souveraineté numérique et la mobilisation des recettes.

Timothée Manoke

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