L’horticulture urbaine revient dans l’actualité du ministère du Développement rural, avec un écho particulier au parcours de son titulaire, Grégoire Mutshail Mutomb. L’Autorité de régulation des marchés publics a publié, le 3 juillet 2026, deux attributions provisoires portant sur l’acquisition de matériels aratoires destinés aux coordinations provinciales du Service national d’horticulture urbaine et périurbaine (Senahup), dans les 26 provinces du pays.
Les deux décisions, signées le 24 juin par le ministre du Développement rural, représentent un montant cumulé de 9,95 millions de dollars toutes taxes comprises. Le lot 1 a été attribué à RMB SARL pour 6,17 millions de dollars, tandis que le lot 2 revient à SCP Sagricons SARL pour 3,77 millions de dollars.
Ces attributions restent provisoires. Elles devront encore franchir les étapes prévues par la réglementation congolaise sur les marchés publics avant toute attribution définitive et exécution effective. Mais leur objet n’est pas anodin : il renvoie à un secteur que Grégoire Mutshail connaît de longue date.
Retour aux sources
Bien avant son entrée au gouvernement, l’actuel ministre du Développement rural a consacré une partie importante de sa carrière à l’horticulture urbaine. Ingénieur agronome, il a notamment exercé, à partir de septembre 2000, comme coordonnateur provincial du Service national d’horticulture urbaine et périurbaine à Lubumbashi.
À cette époque, il pilotait, avec l’appui de la FAO, le Projet d’appui au développement de l’horticulture urbaine et périurbaine dans la ville de Lubumbashi. Cette expérience visait à améliorer les revenus des maraîchers, l’accès aux équipements, à la terre, au crédit et à la formation, tout en renforçant la sécurité alimentaire des ménages urbains.
Dans un document publié par la FAO, Grégoire Mutshail présentait les effets du projet entre 2002 et 2008 à Lubumbashi. Les superficies cultivées par les maraîchers appuyés étaient passées de 129 à 524 hectares. La proportion des bénéficiaires capables d’épargner avait progressé de 18 % à 98 %. Le revenu net théorique d’un maraîcher exploitant cinq ares était estimé à 120 dollars par mois.
L’étude relevait aussi une amélioration des conditions alimentaires des ménages bénéficiaires. Le nombre moyen de repas quotidiens était passé de 1,8 à 3,3 chez les enfants et de 1,3 à 2,4 chez les adultes. Ces résultats avaient alors contribué à faire de l’horticulture urbaine un outil de revenu, d’approvisionnement alimentaire et d’insertion économique pour les populations urbaines modestes.
Prestataires à suivre
Les marchés attribués provisoirement en 2026 s’inscrivent dans ce même champ d’intervention, mais à une échelle nationale. Il ne s’agit plus d’un programme local centré sur Lubumbashi, mais d’acquisitions destinées aux coordinations du Senahup dans les 26 provinces.
Grégoire Mutshail revient ainsi, comme ministre, sur un secteur qu’il a pratiqué comme technicien et gestionnaire de terrain. Après son passage au ministère de l’Agriculture dans le gouvernement Suminwa I, il pilote désormais le Développement rural, portefeuille à partir duquel l’horticulture urbaine et périurbaine peut retrouver une place dans les politiques publiques.
Le succès de cette relance dépendra toutefois de la qualité des prestataires choisis et de l’exécution effective des marchés. SCP Sagricons SARL, attributaire provisoire du lot 2, se présente comme une société active dans l’architecture, le génie civil et la gestion de projets. Son directeur général, Daudet Kabenji Kabuika, avait annoncé en septembre 2024 la signature d’un contrat avec la mairie de Goma portant sur la construction d’une caserne des sapeurs-pompiers et la formation d’une brigade anti-incendie.
En revanche, les informations publiques disponibles sur RMB SARL, attributaire provisoire du lot 1 pour 6,17 millions de dollars, restent limitées. Les recherches ouvertes ne permettent pas, à ce stade, d’identifier clairement ses dirigeants, ses références techniques ou ses réalisations antérieures dans la fourniture de matériels agricoles ou aratoires.
Timothée Manoke









