La République démocratique du Congo (RDC) franchit une nouvelle étape dans la diversification des sources de financement des PME et des start-up. Le 24 mars 2026, le ministre de l’Entrepreneuriat et du Développement des PME, Justin Kalumba Mwana-Ngongo, a signé un arrêté ministériel encadrant le déploiement d’un projet pilote dédié au financement alternatif, marquant le passage d’une phase de réflexion à une phase opérationnelle.
Cette initiative s’inscrit dans la mise en œuvre de l’Ordonnance-loi n°22/030 du 8 septembre 2022, qui consacre notamment le recours au crowdfunding, au crowdlending et au crowdinvesting comme instruments de financement des entreprises.
Selon le ministre, « le système de financement reste encore largement dominé par la microfinance et peu adapté aux besoins des PME en phase de croissance ». Cette réalité est confirmée par plusieurs études. En RDC, les crédits bancaires ne représentent qu’environ 7 % du PIB, contre plus de 45 % en moyenne en Afrique subsaharienne, selon un rapport de FINACTU publié en 2019.
Par ailleurs, selon une enquête de la Banque mondiale réalisée en 2024, les entreprises restent fortement dépendantes de leurs ressources propres : 84 % des investissements sont financés par fonds internes, contre seulement 8 % par le secteur bancaire. Cette même enquête montre aussi que l’accès au crédit demeure très inégal selon la taille des entreprises : seules 6 % des petites entreprises disposent d’un prêt bancaire, contre 18 % des moyennes et 51 % des grandes.
Dans ce contexte, le projet pilote vise à faciliter l’accès aux capitaux pour les jeunes entreprises, à diversifier les sources de financement et à structurer un écosystème d’investisseurs locaux et internationaux, y compris la diaspora.
FOGEC au cœur du dispositif
Le dispositif met l’accent sur deux leviers principaux : les plateformes de financement participatif et l’intervention des business angels. Le crowdfunding permet aux entrepreneurs de lever des fonds auprès d’un large public via des plateformes numériques, tandis que les business angels apportent des capitaux, mais aussi de l’expertise et des réseaux.
En RDC, ce marché reste embryonnaire, principalement en raison de l’absence, jusqu’ici, d’un cadre réglementaire clair. Une étude de Deloitte publiée en 2025 identifiait ce vide juridique comme un frein majeur et recommandait « la mise en place de règles claires pour protéger les investisseurs et encadrer les plateformes ». Le projet pilote vise précisément à lever ces contraintes en testant un cadre opérationnel avant une généralisation à l’échelle nationale.
Le Fonds de garantie de l’entrepreneuriat au Congo (FOGEC) est au centre du projet. L’institution publique est appelée à jouer un rôle de tiers de confiance entre les entrepreneurs, les investisseurs et les régulateurs. Concrètement, le FOGEC interviendra pour garantir partiellement les financements afin de réduire le risque pour les investisseurs, structurer et valider les projets, ainsi qu’assurer la liaison avec la Banque centrale et les partenaires financiers, y compris la diaspora.
Pour le FOGEC, le financement innovant constitue « une opportunité pour mobiliser l’épargne locale et internationale au profit des PME ». Le système financier congolais reste en effet marqué par une faible inclusion : seulement 12 % des adultes disposent d’un compte bancaire et plus de la moitié de la population est exclue des services financiers formels.
La réussite de ce projet dépendra toutefois de plusieurs facteurs : la mise en place effective des plateformes, la confiance des investisseurs, mais surtout la capacité du FOGEC à sécuriser les opérations et à structurer l’écosystème.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
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