L’Inspection générale des finances (IGF) veut accélérer la modernisation du contrôle des finances publiques en République démocratique du Congo. L’institution prévoit de mobiliser 39 millions de dollars sur trois ans pour financer son Plan stratégique triennal et directeur de digitalisation 2026-2028. Objectif : passer progressivement à un modèle de contrôle fondé sur la donnée, l’interconnexion des systèmes publics et l’intelligence artificielle.
Selon l’institution, à ce stade, 22 millions de dollars de financements auraient déjà été identifiés, soit près de 56 % des besoins. L’IGF devra encore mobiliser environ 17 millions USD, notamment à travers l’inscription de nouveaux crédits dans les rubriques d’investissement du budget de l’État.
Présenté par le chef de service de l’IGF, Christophe Bitasimwa, ce plan vise à transformer les méthodes de contrôle des finances publiques. Il entend réduire la dépendance aux missions ponctuelles sur le terrain, souvent qualifiées de « patrouille financière », au profit d’un contrôle plus permanent, systémique et préventif.
Le dispositif repose notamment sur l’interconnexion de l’IGF avec plusieurs systèmes d’information publics, dont ceux des régies financières, des douanes, de la paie, des marchés publics et d’autres administrations impliquées dans la gestion des recettes et des dépenses de l’État.
Contrôle fondé sur les données
Cette infrastructure devrait permettre de croiser les données, d’identifier les incohérences, de cartographier les risques et de détecter plus rapidement les cas potentiels de fraude, d’évasion ou de gaspillage des ressources publiques.
L’IGF entend ainsi faire évoluer ses pratiques vers une approche plus analytique. Les contrôles a posteriori et concomitants devraient être progressivement complétés par un contrôle prospectif, fondé sur l’exploitation des données historiques, la traçabilité numérique et les outils d’analyse automatisée. L’intelligence artificielle est présentée comme l’un des leviers de cette mutation.
Cette réforme intervient après plusieurs opérations de contrôle qui ont permis à l’IGF de revendiquer des gains importants pour l’État. L’institution affirme notamment avoir contribué à environ 690 millions de dollars d’économies sur les remboursements de crédits accordés par l’État. Elle dit également avoir identifié 38 597 agents fictifs et 1 007 doublons dans les fichiers de paie, avec un impact mensuel évalué à 15,786 milliards de francs congolais.
La réussite du projet dépendra toutefois de plusieurs conditions. L’IGF devra sécuriser le financement restant, renforcer ses capacités techniques et garantir l’interconnexion effective des bases de données publiques. Le projet pose aussi des défis liés à la connectivité, à l’électricité, à la cybersécurité et au stockage souverain des données publiques.
Ronsard Luabeya
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