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Cessions d’actifs : le sort d’Access Bank RDC suspendu aux arbitrages de Lagos

Cessions d’actifs : le sort d’Access Bank RDC suspendu aux arbitrages de Lagos

Access Bank, basée à Lagos au Nigeria, s’apprête à ouvrir une nouvelle phase de désinvestissements partiels à l’étranger. L’annonce a été faite par son directeur général, Roosevelt Ogbonna, lors d’un échange avec des investisseurs dans la capitale économique du pays. Elle répond à une exigence de la Banque centrale du Nigeria : les banques nigérianes doivent ramener leurs investissements en fonds propres dans leurs filiales étrangères à un maximum de 10 % de leurs fonds propres d’actionnaires. Access Bank dispose de douze mois pour s’y conformer, selon Bloomberg.

Cette décision place Access Bank RDC dans une zone d’attente. La filiale congolaise est presque entièrement contrôlée par le groupe nigérian, qui détient 99,98 % de son capital, selon les états financiers consolidés d’Access Holdings au 31 mars 2026. Dans les livres du groupe, la participation congolaise est inscrite pour 13,2 milliards de nairas, soit environ 22,3 milliards de francs congolais, sur la base d’un taux indicatif récent de 1 naira pour 1,69 franc congolais.

Le sujet est sensible, car il ne relève plus seulement de l’optimisation de portefeuille. Dans son rapport annuel 2025, Access Holdings indique avoir payé des pénalités de 1,8 milliard de nairas au titre de diverses contraventions aux règles de la Banque centrale du Nigeria et aux dispositions de la loi bancaire nigériane. Parmi ces sanctions figure une amende de 200 millions de nairas pour non-respect des exigences relatives à l’« aggregate equity investment in foreign subsidiaries », c’est-à-dire à l’investissement agrégé en capital dans les filiales étrangères.

À la fin du premier trimestre 2026, le portefeuille de participations étrangères indirectes d’Access Bank demeurait élevé. Les filiales bancaires étrangères représentaient 446,6 milliards de nairas de valeur comptable, un montant inchangé par rapport à fin 2025. Rapportée aux fonds propres d’Access Bank Nigeria, qui s’élèvent à environ 2 143 milliards de nairas dans les données consolidées par entité, cette exposition atteint environ 20,8 %, soit plus du double du plafond de 10 %. Pour revenir à la norme, Access devrait ramener cette exposition à environ 214,3 milliards de nairas, ce qui implique une réduction de 232,3 milliards de nairas.

Plusieurs enjeux à concilier

La question n’est donc pas de savoir si Access Holdings va agir, mais où et comment. La banque peut céder des actions existantes dans certaines filiales, ce qui réduirait directement la valeur comptable de ses investissements, ou ouvrir le capital de ces filiales à de nouveaux investisseurs, ce qui diluerait sa participation tout en renforçant les fonds propres locaux. La première option est plus efficace pour réduire rapidement l’exposition réglementaire. La seconde est plus défendable sur le plan industriel, notamment sur les marchés où le groupe veut continuer à financer la croissance sans perdre le contrôle.

Le principal levier comptable n’est pas en RDC, mais au Royaume-Uni. Access Bank UK représente 163,9 milliards de nairas, soit près de 37 % du portefeuille de participations étrangères. C’est le tiers du problème, mais aussi l’un des actifs les plus importants du groupe hors du Nigeria. En 2025, la filiale britannique a généré 486,6 milliards de nairas de produits d’exploitation, contre 84,7 milliards de nairas pour Access Bank DRC. Une cession au Royaume-Uni réduirait donc rapidement l’exposition réglementaire, mais elle toucherait aussi une plateforme centrale pour les flux Afrique-Europe, le trade finance et les revenus en devises.

La situation en RDC est différente. La filiale est facile à diluer, car Access y détient pratiquement 100 % du capital. Mais elle est trop petite, en valeur comptable, pour résoudre à elle seule le problème. Même une vente de 30 % d’Access Bank RDC ne réduirait l’exposition d’Access Bank Plc que d’environ 4 milliards de nairas. Une cession ramenant la participation du groupe à un niveau légèrement supérieur à 50 % ne libérerait qu’environ 6,6 milliards de nairas. À l’échelle de l’ajustement recherché, cela reste marginal.

Cette faiblesse comptable ne signifie pas que la RDC sera épargnée. Au contraire, elle peut faire partie d’un ensemble de cessions minoritaires, précisément parce que le groupe peut y intégrer un partenaire local ou institutionnel sans en perdre le contrôle. Pour Access, l’intérêt serait moins de résoudre l’équation réglementaire à Kinshasa que d’envoyer un signal : le groupe réduit progressivement son exposition, diversifie l’actionnariat de ses filiales et répond aux préoccupations de la Banque centrale du Nigeria.

RDC : un actif rentable

L’arbitrage est d’autant plus délicat que la filiale congolaise est désormais rentable. En 2025, Access Bank DRC a affiché 84,7 milliards de nairas de produits d’exploitation. Au premier trimestre 2026, elle a poursuivi sa progression avec 20,3 milliards de nairas de revenus opérationnels, contre 17,2 milliards un an plus tôt. Son bénéfice net trimestriel est passé d’environ 5,6 milliards de nairas au premier trimestre 2025 à 7,9 milliards de nairas au premier trimestre 2026.

Autrement dit, la RDC est un petit actif dans le bilan d’Access, mais un actif qui commence à peser dans la rentabilité africaine du groupe. Une cession minoritaire de 20 % transférerait mécaniquement le cinquième de cette contribution aux nouveaux actionnaires. Sur la base du résultat du premier trimestre 2026, cela représenterait près de 1,6 milliard de nairas de bénéfice trimestriel qui ne reviendrait plus aux actionnaires d’Access. Le coût en résultat paraît donc plus significatif que le soulagement réglementaire obtenu.

Dans ce contexte, le scénario le plus probable pour Access Bank RDC n’est pas une sortie, mais une ouverture partielle du capital. Le groupe pourrait vendre une minorité limitée, de l’ordre de 10 % à 25 %, à un investisseur local, à un fonds de développement ou à un partenaire financier régional. Cela permettrait de conserver la maîtrise stratégique de la filiale tout en répondant, au moins partiellement, à la pression réglementaire nigériane.

La RDC n’est pas un marché isolé pour les banques nigérianes. Elle abrite également UBA et FirstBank. Mais, dans ces deux cas, le problème de seuil ne se pose pas avec la même intensité. UBA indique dans ses comptes de 2025 que sa participation dans sa filiale en RDC est de 22,4 milliards de nairas, et que l’ensemble de ses investissements dans les filiales totalise 260,6 milliards de nairas, un montant très inférieur à celui d’Access. Les pénalités déclarées par UBA en 2025 concernent d’autres sujets réglementaires et ne font pas apparaître de sanction analogue liée à l’investissement agrégé dans les filiales étrangères.

FirstBank, de son côté, avait acquis 75 % de l’ancienne Banque internationale de crédit avant de racheter les 25 % restants, faisant de sa filiale congolaise une entité entièrement contrôlée. Mais les informations publiques consultées ne signalent pas de contrainte comparable à celle d’Access Holdings.

Pour Kinshasa, l’enjeu est donc moins une menace immédiate pour Access Bank RDC qu’une période d’incertitude actionnariale. La filiale congolaise peut rester contrôlée par Access tout en accueillant de nouveaux actionnaires. Mais elle se retrouve désormais intégrée dans un arbitrage plus vaste, décidé à Lagos et supervisé par Abuja : réduire l’exposition internationale sans affaiblir les filiales qui portent la croissance africaine du groupe.

Idriss Linge, Agence Ecofin

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