En République démocratique du Congo, le gouvernement a adopté, vendredi 29 mai 2026, un projet de décret visant à élargir la liste nationale des substances minérales stratégiques. Le texte prévoit notamment d’y intégrer le lithium, dans un contexte marqué par la montée en puissance attendue du projet Manono Nord-Est, développé par le groupe chinois Zijin Mining.
Selon le compte rendu du Conseil des ministres, ce projet de décret complète le décret n°18/042 du 24 novembre 2018, qui avait déclaré le cobalt, le germanium et la colombo-tantalite, ou coltan, comme substances minérales stratégiques. Le nouveau texte prévoit d’ajouter à cette liste le tantale, le niobium, le tungstène, le lithium, l’uranium et les terres rares.
« Ce texte tient compte de l’évolution des marchés internationaux des matières premières critiques et de l’importance croissante de plusieurs substances minérales tant pour les filières stratégiques que pour les technologies émergentes et le secteur de l’énergie nucléaire », indique le compte rendu du Conseil des ministres. L’objectif, selon le gouvernement, est de permettre à la RDC de mieux tirer profit du caractère critique et géostratégique de ces ressources présentes dans son sous-sol.
Une fois publié et entré en vigueur, ce décret devrait modifier le traitement fiscal de certaines substances concernées. En RDC, les substances minérales stratégiques sont soumises à une redevance minière de 10 %, contre 3,5 % pour les métaux non ferreux. Pour les opérateurs concernés, cette évolution pourrait donc se traduire par une hausse des prélèvements dus à l’État sur les produits désormais classés comme stratégiques.
À ce stade, les principaux acteurs concernés n’ont pas encore détaillé publiquement les implications de cette mesure pour leurs opérations.
Manono en ligne de mire
L’intégration du lithium à la liste des substances stratégiques intervient alors que Zijin Mining prépare la montée en puissance de son projet de lithium de Manono Nord-Est, dans la province du Tanganyika. Selon les informations publiées par l’entreprise, la phase I du projet, d’une capacité de 5 millions de tonnes par an, prévoit la mise en service progressive du système de séparation par milieu dense entre mars et juin 2026. Le système de broyage et de flottation est attendu d’ici fin septembre 2026, tandis que la fonderie doit être mise en service par étapes entre septembre et fin décembre 2026.
Les données actualisées de Zijin indiquent que le projet est porté par la coentreprise Manono Lithium. Jinxiang Lithium, filiale du groupe chinois, détient 54,9 % des parts, contre 35,1 % pour l’entreprise publique congolaise Cominière et 10 % pour l’État congolais.
La future mine est conçue pour une capacité totale d’extraction et de traitement de 5 millions de tonnes par an, avec une production attendue d’environ 1 million de tonnes de concentré de spodumène par an. Ce concentré devrait ensuite être transformé en 100 800 tonnes de sulfate de lithium brut.
Au-delà de Zijin, d’autres acteurs suivront probablement l’évolution du cadre réglementaire. C’est notamment le cas de KoBold Metals, qui mène actuellement des travaux d’exploration en RDC dans l’espoir d’identifier de nouveaux gisements de lithium. L’entreprise américaine a annoncé un programme d’exploration de 50 millions de dollars dans le pays.
Concernant les autres substances visées par le projet de décret, les statistiques minières récentes recensent notamment des productions ou exportations liées au coltan, à la wolframite et à la monazite, respectivement associées au tantale, au tungstène et aux terres rares.
Cette évolution réglementaire confirme la volonté de Kinshasa de renforcer la captation de valeur autour des minerais critiques. Elle devra toutefois être suivie dans sa mise en œuvre effective, notamment à travers la publication du décret, ses modalités d’application et les réactions des opérateurs concernés.
Pierre Mukoko avec l’Agence Ecofin
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