La République démocratique du Congo veut passer d’une réponse sectorielle à un plan interministériel pour protéger sa filière cacao, fragilisée par la chute des cours internationaux, la faiblesse de la transformation locale, les difficultés logistiques et les circuits de fraude.
Lors du Conseil des ministres du 8 mai 2026, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, a soumis au gouvernement un dossier consacré à la « problématique de la chute des cours du cacao » et à la nécessité de protéger les producteurs locaux. Le dossier a été adopté après débats et délibérations.
Selon le compte rendu, le gouvernement privilégie une stratégie fondée sur « la force du marché » plutôt que sur une administration rigide des prix. Elle repose sur trois axes : la diversification offensive des marchés, la mise en conformité qualitative du cacao congolais et l’accroissement des capacités productives.
Cette réponse intervient après une forte baisse des prix. Selon les données de la Commission nationale des mercuriales citées en Conseil des ministres, le cacao se négociait à 3,09 dollars le kilogramme durant la semaine du 6 au 11 avril 2026, contre 5,85 dollars en décembre 2025 et près de 11 dollars en décembre 2024 sur les marchés internationaux.
Le gouvernement attribue cette baisse à trois facteurs principaux : une offre excédentaire pour la campagne 2025-2026, la reconfiguration de la demande de l’industrie chocolatière européenne et le manque de coordination entre la Côte d’Ivoire et le Ghana, les deux grands producteurs ouest-africains.
Une réponse au-delà des prix
Pour Kinshasa, la crise actuelle révèle aussi les faiblesses internes de la filière congolaise. Le compte rendu cite notamment la fragmentation de l’offre, le déficit de qualité et de transformation, ainsi que le « calvaire logistique » qui pèse sur les producteurs.
Les mesures envisagées dépassent donc le seul soutien conjoncturel. Elles incluent des allègements fiscaux pour les comptoirs exportateurs qui utilisent les circuits officiels et rapatrient les devises en RDC, la poursuite de la distribution de semences améliorées et de bacs de fermentation, ainsi que la construction d’entrepôts et d’infrastructures de conservation.
Le gouvernement veut également organiser les petits producteurs en coopératives afin de renforcer leur pouvoir de négociation et de limiter leur dépendance aux intermédiaires.
Le volet industriel prévoit la mise en place d’une ligne de crédit via le Fonds de promotion de l’industrie (FPI) pour préfinancer les campagnes d’achat et lancer une première phase de transformation locale. Kinshasa entend aussi accélérer l’opérationnalisation des zones économiques spéciales de Musienene, au Nord-Kivu, et de Gwaka, au Sud-Ubangi, tout en préparant de nouveaux pôles en Ituri et dans le Haut-Uele.
Le plan comprend également une dimension sécuritaire. Le gouvernement prévoit la création d’une unité mixte Police-Douane-Armée pour sécuriser les pistes et sentiers utilisés par la contrebande. Cette mesure traduit la volonté de mieux contrôler les circuits d’exportation et de limiter les pertes de devises.
Enfin, les autorités prévoient la réhabilitation urgente des axes reliant les zones de production aux ports, aux frontières et aux grands centres de consommation, ainsi que la formation des producteurs aux normes internationales.
Avec ce plan, Kinshasa tente de répondre à la crise du cacao par une approche plus intégrée, mêlant fiscalité, qualité, logistique, sécurité et transformation locale. L’enjeu est de protéger les producteurs, mais aussi de reprendre le contrôle d’une filière appelée à jouer un rôle croissant dans la diversification des exportations congolaises. La RDC ambitionne de se positionner parmi les grands producteurs mondiaux de cacao d’ici cinq ans. Le pays vise une production de 3 millions de tonnes à l’horizon 2030, contre environ 100 000 tonnes en 2024, selon les données du ministère du Commerce extérieur.
Ronsard Luabeya
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