À l’approche de l’échéance de plusieurs contrats liés à la gestion du commerce extérieur en République démocratique du Congo (RDC), les groupes Intertek et Bureau Veritas multiplient les démarches auprès des autorités congolaises.
Le 6 mai 2026, une délégation du groupe britannique Intertek, conduite par Jeremy Gaspard, son vice-président chargé des services gouvernementaux et commerciaux, a été reçue à Kinshasa par le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya. Selon le compte rendu officiel, l’entreprise a proposé un partenariat public-privé avec l’État congolais, via l’Office congolais de contrôle (OCC), portant sur « l’inspection, les tests physiques et la certification des produits » à l’importation et à l’exportation.
Cette initiative intervient dans un secteur déjà largement structuré autour de Bureau Veritas BIVAC. Depuis plusieurs années, le groupe français opère en RDC deux dispositifs majeurs : le programme de vérification de conformité des importations (VOC), sous mandat de l’OCC, ainsi que le Guichet unique du commerce extérieur (SEGUCE).
Mais ces contrats, dont la valeur n’est pas connue, arrivent à échéance cette année. Le premier, attribué en 2006 à la filiale BIVAC, s’achève en novembre, tandis que le second, signé en 2013 avec le consortium BIVAC/Soget, arrive à échéance en octobre. Après respectivement une reconduction et une prolongation de deux ans, le gouvernement envisagerait d’ouvrir à la concurrence le processus de sélection du prochain concessionnaire.
Selon la presse locale, lors de la dernière réunion du comité de pilotage du contrat OCC-BIVAC, tenue en janvier, Étienne Tshimanga, alors directeur général de l’OCC, avait indiqué qu’un « appel d’offres international sera lancé conformément aux règles en vigueur ».
Deux mois plus tard, Stéphane Gaudechon, vice-président de Bureau Veritas chargé des contrats gouvernementaux, rencontrait la Première ministre Judith Suminwa à Abu Dhabi. Selon le compte rendu des services de communication de la Primature, l’entretien a principalement porté sur ces deux contrats. « Il y a une réelle volonté de solidifier un partenariat vieux de 20 ans avec Bureau Veritas », avait indiqué Stéphane Gaudechon au sortir de l’audience.
« Failles »
Cet optimisme est affiché alors que la mise en œuvre des contrats a souvent fait l’objet de critiques de la part des plus hautes autorités du pays. Le président Félix Tshisekedi avait demandé, en 2023, à l’Inspection générale des finances (IGF) d’évaluer l’exécution du contrat liant l’OCC à BIVAC. Il évoquait alors des « failles » dans l’exécution du partenariat, tandis que certaines sources officielles faisaient état d’un taux d’exécution inférieur à 35 % plusieurs années après la reconduction du contrat. Des responsables congolais ont également évoqué des coûts jugés excessifs pour l’OCC, ainsi que des retards dans la mise à disposition de certains équipements et infrastructures.
Le Guichet unique du commerce extérieur a lui aussi fait l’objet de critiques récurrentes de la part d’opérateurs économiques. Malgré les avancées de la dématérialisation, plusieurs acteurs du secteur privé dénoncent encore des lenteurs administratives, des doublons de procédures et des difficultés d’intégration complète entre les administrations impliquées dans le commerce extérieur. En novembre 2025, les autorités indiquaient que 67 des 77 documents du commerce extérieur avaient été numérisés. En avril, Stéphane Gaudechon avait pour sa part assuré à Judith Suminwa que le projet de guichet unique est arrivait « à la fin du processus d’implémentation ».
Ces fragilités créent un contexte favorable à l’émergence de nouveaux prétendants. Déjà présent en RDC à travers le programme Eco-Levy, relatif aux certificats environnementaux sur certains produits importés, Intertek semble désormais chercher à élargir son périmètre vers les fonctions centrales de contrôle et de certification du commerce extérieur.
À ce stade, aucun appel d’offres officiel n’a été lancé. Mais les démarches entreprises auprès des autorités illustrent la bataille de positionnement qui se joue autour d’infrastructures considérées comme stratégiques pour la gestion des flux commerciaux, des recettes et des données du commerce extérieur congolais.
Pierre Mukoko et Ronsard Luabeya
Lire aussi :
Import-export : la RDC discute avec Gaindé 2000 pour accélérer la dématérialisation
Importations en RDC : le contrôle à la source devient obligatoire









